Communication Directe
Accord n°2 - Partie 1/2

Je reviens vers vous cette semaine avec la suite de la série sur la Communication Directe. La semaine dernière, nous avons abordé le 1er accord :

« Jouer le jeu de prendre la responsabilité de tout ce qui se passe à l’intérieur de nous : sensations corporelles, émotions, pensées ainsi qu’images, désirs, mémoires, croyances et représentations. Et aussi de ce qui s’exprime à travers nous : langage non-verbal, paroles, et actions. »

Si vous avez lu l’article la semaine dernière, avez-vous engagé la discussion sur le sujet avec une personne de votre entourage ? Si c’est le cas, je me demande comment cela s’est passé pour vous. Voudriez-vous m’en dire quelques mots ?

Alors, si vous êtes curieux-se d’aller plus loin, voici la suite !

Cette semaine, nous allons explorer l’accord n° 2 :

« Reconnaître collectivement les 5 obstacles à la compréhension mutuelle que sont : l’évitement, la projection, la réactivité, la victimisation, et l’exigence, et observer tranquillement la manière dont nous utilisons ces obstacles par habitude, par peur, par manque de conscience ou de soutien. »

Tout d’abord, j’aimerais rappeler que la Communication Directe est un jeu qui se joue à au moins 2 personnes. Il consiste à passer des accords avec les membres du groupe concerné afin de développer une culture commune de la relation et de permettre un soutien réciproque pour dépasser les conditionnements culturels, guérir les traumatismes et cesser d’accumuler dans son « sac à dos émotionnel » des poids inutiles.

Il s’agit également de partager la responsabilité de la mise en œuvre de ces accords afin de ne pas vivre sous la coupe d’une exigence permanente au « bien parler », tout simplement car il ne s’agit pas de « bien parler » mais simplement de dire les choses comme elles nous viennent plutôt que de ne rien dire du tout (voir la 1ère partie). Les membres du groupe sont donc simplement invité-e-s à s’exprimer, tout en ayant la confiance que si quelque chose a été mal compris, que quelqu’un-e a eu une réaction de malaise ou une pensée jugeante, cette personne porte la responsabilité de vous le faire savoir. Ce peut d’ailleurs être vous même, qui après avoir exprimé quelque chose, souhaitez demander un feed-back parce que vous vous sentez un peu mal à l’aise et que vous vous demandez comment votre interlocuteur a reçu le message que vous lui adressiez.

Par ailleurs, les membres du groupe cultivent ensemble leurs POUVOIRS (nous verrons cela en détail dans un article à venir) : ils peuvent ainsi s’entraider lorsqu’une difficulté survient. Les difficultés, c’est l’objet de l’article de cette semaine et de celui de la semaine prochaine ! Nous avons nommé ces difficultés « obstacles à la compréhension mutuelle ».

Des obstacles peuvent être franchis, levés, déplacés. Ils peuvent également servir à jouer, à se dépasser, comme dans la course ou le saut d’obstacles : ils ne sont pas forcément des « problèmes ». Il nous arrive de les utiliser dans la vie de tous les jours sans que cela ne vienne empêcher la bonne entente, voire de nous en amuser…
En fait, dans la Communication Directe, l’invitation consiste à devenir de plus en plus conscient-e-s, collectivement, de la manière dont nous nous exprimons et faisons usage de ces potentiels obstacles afin de :

– pouvoir en prendre la responsabilité en cas de problème de compréhension / de réaction de l’autre, quand les mots que j’utilise ou mon attitude suscitent du stress, de la gêne ou semblent ne pas être en cohérence avec nos accords relationnels,

– et de pouvoir éventuellement utiliser mon pouvoir pour transformer ces obstacles en opportunité de compréhension mutuelle.

En 5 mots, cette invitation, à l’adresse du groupe se résume à : « apprendre à reconnaître ces obstacles ». Pour en prendre la responsabilité, déjà. Les éviter, éventuellement.

J’imagine que vous pouvez vous poser plusieurs questions :

1 – Quels sont ces obstacles et en quoi compliquent-ils potentiellement les choses ?

Alors, ces 5 obstacles, ce sont :
– la projection,
– la réactivité,
– la victimisation,
– l’exigence,
– et enfin : l’évitement.

Ils compliquent les choses car ils peuvent brouiller notre perception de la réalité et nous rendre confus-es sur la manière de nous comporter. Notamment, ils peuvent nous couper de la connexion à nos sensations, à notre monde intérieur, nous empêcher d’utiliser nos ressources d’attention pour voir clairement ce qui se passe en nous et prendre la responsabilité d’y répondre avec justesse. Ce qui ne facilite pas les choses lorsque nous cherchons à communiquer avec nos interlocuteur-rices : comment, si les choses ne sont pas claires pour moi, puis-je parvenir à en dire quelque chose de clair à autrui ?

Utiliser ces obstacles au quotidien et sans discernement nous prend donc de l’énergie, du pouvoir d’agir, de l’autonomie, peut nous rendre malheureux, nous éloigner des autres, rendre les couleurs de la vie moins vives et ses ressources moins perceptibles.

2 – En pratique, qu’est-ce que la conscience de ces obstacles nous permettra de vivre ?

Je postule que cette démarche permet :
– de vivre en paix avec soi-même et avec les autres,
– de vivre dans le moment présent, plus dans le corps et moins dans la tête,
– d’avoir plus d’énergie et de créativité dans notre vie de tous les jours,
– de créer de la confiance, de l’intimité, de l’appartenance,
– de dénouer rapidement les conflits
– et de mieux répondre collectivement aux enjeux du monde contemporain : apprendre à coopérer les un-e-s avec les autres pour inventer un avenir sur la Terre représente à mes yeux le Graal, la grande clef, le trésor qui récompensera toutes nos quêtes.

Si d’autres questions vous viennent, je vous invite à les noter. Si le texte suivant n’y répond pas, vous pourrez me les envoyer : je serai contente de les lire et d’y répondre !
Dans le cours de cet article, j’ai rédigé des pistes de réflexion à votre attention. Vous pouvez choisir de les lire vite fait… c’est ok 🙂 Vous pouvez aussi y réfléchir et prendre un moment pour les approfondir, en pensée ou à l’écrit. Vous pouvez également lire ce texte à deux ou en groupe, et prendre le temps de répondre aux questions ensemble ou à tour de rôle : j’imagine que vous pourriez apprendre des choses intéressantes les un-e-s des autres !

Nous commençons aujourd’hui par explorer la projection, qui est à la base de bien des malentendus ; cela nous permettra de mieux comprendre les 4 autres obstacles (qui feront l’objet du prochain article). C’est parti !

Nous sommes équipés de manière à donner du sens à tout ce qui nous arrive, à mémoriser les informations importantes pour notre survie et la poursuite de nos aspirations. Nous avons un cerveau capable de créativité en partie grâce à deux réseaux principaux : « le réseau du contrôle exécutif » et « le réseau (ou mode) par défaut ». La génération d’idées, d’histoires, est le propre du fonctionnement du mode par défaut. Néanmoins, elle ne suffit pas à répondre de manière créative aux problématiques posées par la réalité.

Pour que cette génération mentale, à partir de multiples perceptions (sensations corporelles, perceptions des sens, pensées, images, mélodies, etc…) prenne une forme utile, nous avons besoin de faire intervenir le contrôle exécutif. Ce dernier nous permet de mettre toute cette masse de contenu au service de nos objectifs, en autorisant une qualité d’attention, dont découlent des actions alignées avec nos priorités : des choix « stratégiques », à commencer par le fait de poser une intention et de garder le cap de l’objectif visé par l’effort de concentration fourni.

Or il se trouve que parfois, nous n’avons pas conscience que les « images », ou « interprétations » de la réalité générées par notre cerveau sont trompeuses… qu’elles soient basées sur des croyances qui ne sont pas (ou plus) vraies sans que nous en ayons conscience, ou qu’elles soient biaisées par des réponses traumatiques à des événements du passé ayant laissé leur empreinte dans notre système nerveux autonome : nous sommes alors dans une perception déformée de la réalité qui nous empêche de voir l’ensemble des options à notre disposition, restreint nos choix, nous induits en erreur sur la meilleure des réponses à donner.

Lorsque nous savons que nous pouvons être en prise avec ces interprétations trompeuses, cela change tout ! Nous avons la possibilité de voir arriver les farces de notre mental et de ne pas nous laisser prendre au piège par ces biais dans notre perception des choses. Nous comprenons qu’il ne s’agit que d’images, d’histoires, d’illusions, de petites boîtes de prêt-à-penser héritées de la culture et des générations passés.

La projection est donc ce mécanisme qui nous fait confondre la réalité avec les histoires que nous nous racontons à son sujet. Elle se traduit par des pensées, des ruminations, des opinions, des jugements, des diagnostics, des prédictions, des affirmations, par l’utilisation de mots tels que « jamais » ou « toujours »…

Nous avons une tendance normale à chercher à extérioriser nos perceptions ainsi qu’à chercher à l’extérieur l’origine d’un déplaisir. Parfois, pour éviter l’angoisse et la culpabilité, et leur trouver un exutoire, il peut nous arriver d’attribuer à autrui des motifs (sentiments, intentions) en reflet des peurs et des désirs que nous ne pouvons supporter de ressentir en nous-mêmes. Il s’agit là d’angles morts de notre conscience, et c’est là qu’il est utile d’avoir autour de soi un groupe conscient de ces mécanismes, qui plutôt que de blâmer les personnes, va au contraire :
– se sentir solidaire,
– leur permettre de disposer d’oreilles attentives et empathiques,
– comprendre ce qu’elles veulent dire, se relier à leurs intentions,
– et leur permettre de s’ouvrir à d’autres points de vue.

Pour terminer, après avoir constaté que nous ne pouvons nous empêcher de nous raconter des histoires, je vous invite à vous relier à quelques pistes d’actions concrètes.
Tout d’abord, je peux apprendre à faire la différence entre mes sensations, les perceptions de mes sens et mes pensées.

Dans les jours qui viennent, j’enregistrerai une médiation à cette fin. Vous la trouverez sur la page consacrée à mes articles de blog.

Je peux ensuite observer le contenu de mes pensées. Dans son livre L’art de communiquer en pleine conscience, Thich Nhat Hanh nous pose cette question : ‘’Es-tu sûr-e que ta perception est juste ?’’ Byron Katie a quant à elle élaboré un processus en 6 étapes nommé Le Travail pour approfondir le questionnement, qu’il est possible de télécharger sur son site. Le principe de la démarche est simple à énoncer : si mes pensées me rendent heureux-se : alors tant mieux ! Si elles me rendent malheureux-se : comment puis-je les transformer pour revenir à mon état naturel : la disponibilité joyeuse d’être en vie et d’être le témoin ce qui est ? La pratique est celle d’une vie. Mais je peux vous assurer qu’elle change TOUT (et peut même vous conduire à l’éveil 😉) !

Enfin, et c’est également très important, je peux éviter de baser mes opinions ou mes décisions sur les histoires que je me raconte sans avoir pris le temps d’opérer quelques vérifications factuelles. Car c’est prendre le risque de faire des erreurs dommageables et de générer des conflits douloureux.

Dans les interactions, je vous invite à nommer les histoires que vous vous racontez à vos interlocuteurs. Cela permet de vérifier si ce que vous avez imaginé correspond à leur réalité relativement à leurs sentiments, leurs pensées, leurs actions passées ou leurs intentions…

La semaine prochaine, je poursuivrai avec les autres obstacles : la réactivité, la victimisation, l’exigence et l’évitement.

D’ici-là, portez-vous bien !

A très bientôt !

Fleur